–avertissez les gendarmes, dit maurin narquois; peut-etre que ca leur fera plaisir d’en etre! pastoure dit

Les gendarmes de Bormes avertirent par telegraphe la gendarmerie d’Hyeres de ce qui se passait, et–sur l’ordre de son capitaine–Alessandri, epoux presomptif d’Antonia Orsini, soigna son cheval afin de partir deux heures avant le jour. Il oubliait les trois repris de justice pour songer a la maniere dont il pourrait parvenir a exasperer Maurin des Maures et lui faire perdre toute retenue; il comptait bien l’arreter en flagrant delit d’injure a la gendarmerie, et cela devant une belle et nombreuse compagnie ou se trouverait un maire connu et estime. Ce qui le fachait, le beau gendarme, c’est qu’a son furieux proces-verbal la prefecture n’avait fait encore aucune reponse.

CHAPITRE VII Pour quels motifs Pastoure prend la resolution de graisser ses bottes. A l’aube, la petite troupe des chasseurs, commandee par Maurin, quitta Bormes. –Rappelez-vous, disait Maurin, marchant et causant au milieu d’eux, que nos gueusards ont des fusils. Quand vous serez a l’affut, tenez-vous caches le plus possible derriere un peu d’arbre ou de rocher, et ouvrez l’oeil et l’oreille. Les gendarmes etaient plutot embarrasses de leur personne, durant cette battue. Sur un pareil terrain, la superiorite etait acquise, sans conteste, aux chasseurs. Maurin engagea les gendarmes a rester sur la route. Il envoya successivement chacun de ses hommes sur les versants, dans les cols, sur les sommets, et garda M. le maire avec lui,–faveur insigne. –Comme ca, monsieur le maire, vous etes sur de voir le gibier. Deux heures apres, Maurin arretait de sa main et faisait ficeler solidement un des trois vagabonds. Au moment d’etre captures, ils avaient tire sur la petite armee et lui avaient tue un homme; et la chance voulut que le chasseur tue fut precisement le pauvre Crouzillat qu’ils avaient depouille la veille. Les deux autres malandrins, ceux qui etaient armes, parvinrent a se perdre dans la broussaille; Sandri disait: « dans le maquis ».

Quand le sanglier est abattu, on coupe une branche de pin a laquelle on le suspend lie par les pattes, et que deux hommes portent sur l’epaule. On coupa, cette fois, non pas une mais deux branches; on attacha, selon l’usage, a chacune des deux barres deux des angles d’un drap de lit qu’un chasseur alla prendre chez les gardes-forets; et au fond de cette sorte de hamac profond, balance au pas egal des porteurs, le mort dont on voyait les formes tassees et inertes, redescendit vers la cantine du Don.

Cette cantine du Don, toute voisine de la maison forestiere, n’est pas eloignee du point d’intersection des deux chemins d’Hyeres a Cogolin et de Bormes a Collobrieres.

On comptait deposer la le mort qu’une voiture viendrait prendre. Le cortege rencontra les gendarmes d’Hyeres et ceux de Bormes, tous egalement embarrasses de leur personne et mal d’accord sur la direction a prendre. Maurin, des qu’il les eut apercus, ordonna au gros de sa troupe de continuer a descendre et d’accompagner le « pauvre Crouzillat » jusqu’au lieu fixe. Pour lui, que le geant Pastoure ne quittait pas d’une semelle, il site de l’entreprise s’arreta avec le maire pour expliquer l’aventure a MM.

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