Avec les quatre mille francs du prix obtenu par son oncle–lequel, emerveille enfin de l’habilete de

Dans ce terrain, il fit construire quelques cabanes de planches et fit peindre au-dessus du rustique portail ces quatre mots en lettres augustales: AU CANARD DU LABRADOR. Que vous dirai-je? La grande faisanderie ou canarderie des d’Auriol prospera rapidement: « Fabrique de chapons des deux sexes.

Deux millions d’oeufs fecondes par an! » Les fermes-modeles s’adresserent en foule au _Canard du Labrador_. Couveuses, gaveuses se multiplierent dans le parc bientot trop etroit.

Toutes les industries du pays furent delaissees par les indigenes qui, tous, devinrent les ouvriers des d’Auriol.

Deux mille cinq cents hommes chauffaient les fours, gavaient les volatiles. . .

Le _Canard du Labrador_ nourrissait une population entiere,–un peuple d’electeurs. –Il est temps, mon oncle, de vous faire nommer depute.

La campagne electorale fut prestigieuse. L’oncle Pierre suivait docilement son neveu dans toutes les reunions.

Le neveu, age alors de dix-huit ans a peine, perorait: –Vous nommerez l’homme qui, par son audace, sa perseverance, son genie industriel, a fait la fortune du pays! Pierre d’Auriol fut nomme en effet a une ecrasante majorite.

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. Il etait navre. –Et dire, s’ecriait-il, que, si j’etais un imbecile ou un gredin, j’aurais obtenu le meme succes! –Taisez-vous, mon oncle, repliquait l’adolescent, c’est ca la vie, a laquelle vous n’entendez rien. Laissez-moi faire. A la Chambre, Pierre reconquit tout de suite l’estime de soi-meme en travaillant beaucoup. Son premier discours le classa parmi les orateurs les plus convaincus–et il l’etait.

« S’il est ministre aujourd’hui, je ne vous le dirai pas.

Sachez seulement que les d’Auriol n’ont pas droit en realite a ce nom illustre; vous ne le trouverez pas sur les registres de l’etat civil. Ce nom d’Auriol est un sobriquet generique que la voix du peuple attribue a plusieurs familles de Provence. « Les d’Auriol dont je parle s’appellent.

. . Ici, M.

Cabissol se pencha a l’oreille de Maurin et murmura un nom. –Pas possible! s’ecria Maurin stupefait. . . Alors, c’est ce Pierrot-la qui a epouse mon ancienne petite amie? –Pierre, non! c’est Theodule, dit Cabissol en se tournant vers M. Rinal.

C’est Theodule qui, sur les instances de sa femme, a fait decorer Caboufigue, a la demande de Maurin.

Elle a vingt ans de plus que lui, mais ca les regarde. –On a bien raison, s’ecria Maurin, de dire que tout s’arrange a la fin et que seules les montagnes ne se rencontrent pas! Celui-la a eu une brave chance quand il a recu en cadeau deux canards qui l’ont fait ce qu’il est, et Caboufigue en a eu une fameuse de me connaitre! –On doit rarement sa fortune a son merite. On la doit presque toujours a son _Canard du Labrador_, conclut Cabissol. Mais il faut savoir cultiver son canard ou celui de son oncle! Et pour cela, il faut etre, comme le jeune Theodule, un arriviste a tous crins. voir la page Il n’a pas encore l’age d’etre electeur, celui-la, et il est deja un des plus puissants personnages de l’Etat, une sorte de petite Eminence grise.

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