Avant qu’il se fut remis de son trouble, la procession avait passe sous le porche tout

Belle-Rose la suivit et se perdit dans un coin de la chapelle. Quelque temps il demeura courbe comme un jeune arbre fouette par le vent; tout ce qui lui restait de force, il l’employait a prier Dieu. Quand il releva la tete, son premier regard tomba sur l’autel. Un homme a cheveux argentes, une femme ceinte de voiles diaphanes, etaient agenouilles sur des carreaux de velours. A peine eut-il vu cette femme, que les yeux de Belle-Rose ne purent plus s’en detacher. Des gouttes de sueur perlaient sur le front du soldat; ses tempes semblaient prises dans un etau de fer, ses oreilles tintaient comme celles d’un homme qui se noie. Il aurait voulu crier qu’il ne l’aurait pas pu; sa gorge etait fermee. La ceremonie du mariage s’accomplit sans qu’il eut fait un mouvement.

Il n’y avait de vie dans tout son corps que dans ses yeux, et ses yeux ne quittaient pas l’autel. Quand ils eurent recu la benediction nuptiale, les deux epoux se leverent, et la jeune femme se retourna. C’etait bien elle, Suzanne de Malzonvilliers, maintenant marquise d’Albergotti! Belle-Rose ne tressaillit meme pas.

Qu’avait-il besoin de la voir pour la reconnaitre? Le cortege se dirigea bientot vers le porche; mais, cette fois, les maries marchaient en tete. La procession fit le tour de la chapelle; devant elle s’ouvrait la foule; a l’ecartement qui se fit autour de lui, Belle-Rose comprit que Suzanne s’avancait. Il se redressa. Un pilier, contre lequel il etait adosse, l’empechait de reculer. Les maries s’approchaient lentement; les longs voiles de Suzanne trainaient jusqu’a terre, et sa virginale beaute eclatait sous leur transparence. La nef etait etroite: un pan de la robe de son amante frola Belle-Rose; un soupir entr’ouvrit ses levres et il s’appuya contre le pilier. Suzanne releva son front incline.

Pres d’elle, et dans la penombre de la chapelle, elle entrevit un pale visage ou flamboyaient deux yeux remplis des flammes sinistres du desespoir.

Suzanne chancela. Mais avant que le cri sorti de son ame vint expirer sur sa bouche, le cortege l’avait poussee en avant, et, quand elle se retourna, Belle-Rose s’etait evanoui comme une apparition. Un rempart vivant les separait. Mais tandis que la foule pressait de ses mille pieds le sacre parvis, Belle-Rose sentait son coeur et sa raison s’egarer.

Il ne pensait pas, il ne revait pas, il ne souffrait pas: il etait aneanti. le site Il restait immobile, le dos appuye contre le pilier, les bras pendants le long du corps, la tete inclinee sur la poitrine, et n’entendant plus rien que les battements sourds de son coeur. La foule s’etait depuis longtemps repandue hors de la chapelle. La blanche image de Suzanne l’emplissait seule pour lui. En ce moment, le bedeau passa, faisant sa ronde. Voyant un homme seul, debout contre un pilier, il vint a lui, et frappant sur son epaule: –Eh! l’ami, dit-il, il y a deja longtemps que les noces sont faites: laissez-moi donc fermer les portes. Belle-Rose leva la tete et regarda le bedeau. A cet aspect, le pauvre homme fut tout trouble.

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