Aux vasistas s’encadrent des coins de banlieue, des terres montueuses, lepreuses de craie, hirsutes d’herbes roussatres;

La desesperance affaisse Gustave dans son coin. Tout, par ici, se decouvre laid. Bien plus attrayante la ferme familiale avec les caquetages raisonneurs des volailles qui picorent. Et sa cousine au visage de proprete miroitante, aux yeux de limpide faience se dresse, vision charmeuse, liant les gerbes dans la penombre de la grange. Puis il l’imagine a l’ecurie, et ses bras blancs qui soutiennent les seaux de barbotage. Et ses caresses sur les croupes chaudes des chevaux qui pietinent. Puis encore il l’imagine au seuil de la maison, tricotant, tres calme. On la lui promet en mariage pour plus tard, apres le service.

Il l’aime bien. A se ressouvenir d’elle ainsi, d’elle, douce et propre, il lui prend une envie de l’embrasser. C’est impossible, a present. Les ordres brutaux, les injures des sous-off vont de nouveau lui secouer ces cheres indolences qui le prennent partout et le possedent insensible par l’admiration muette de ses souvenances. Une pluie striante gaze de gris les villages plats et les clochers pointus, les rideaux d’arbres. Et la crainte du chatiment attendu etreint le jeune soldat.

Un malaise engourdissant lui enfle la poitrine: rester la, se laisser engourdir par une vague faiblesse qui le separerait du monde cruel, qui l’endormirait pendant les deux annees de service encore a vivre, ce lui semble desirable. Car l’existence est dure. . . Leon ne se trompe pas tout a fait: un gouvernement aussi canaille devrait etre abattu. Chose ignoble: par la seule impuissance de payer un maitre qui instruise, une somme qui dispense, il faut se faire tuer pour les autres, les riches, les laches. Des indignations surexcitent le soldat. Tout pour quelques-uns! Et lui, rien. De meme, son costume si joli parait commun, tandis que drive-master.com les collants anglais, les chapeaux ridicules, les savates pointues et les petits paletots si laids s’offrent elegants et superbes par cela seul qu’ils vetent l’opulence. L’argent vaut tout, decidement. Et le soleil dore la trame pluvieuse.

Les ecorchures des carrieres s’eclaircissent.

Au loin de lourds nuages mauves fuient. La campagne s’egaie.

Les herbes se redressent en secouant des gouttes brillantes. Aux fils du telegraphe des gemmes hyalines s’irisent.

Gustave remet la tete a la portiere. Sur la voie elargie les rails s’unissent par de luisantes courbes, vont se perdre sous le hangar en verre ou la lumiere s’ecrase, eclabousse le bleu du soleil. A gauche, dans les feuillages, les ardoises des toits et des clochers qui s’irradient denoncent la ville, la garnison. Tout de suite, il descend, ayant reflechi: d’autres, avant lui, commirent la meme faute. En expliquant la chose, on l’excusera sans doute; c’est si simple. Et il se rememore l’allure insouciante du tringlot qu’il vit entre les gendarmes, lors de son depart. Il faut imiter ce sang-froid, car on n’est plus un gamin.

Par hasard, le sergent Berdot, un compatriote, flane devant la buvette, portant sous le bras le cahier du rapport. Prescieux l’aborde avec la certitude de lui entendre communiquer un bon conseil.

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