–au moment ou vous etes entre, mon brave maurin, dit m

Cabissol, j’allais conter a M. Rinal une conversation que j’ai eue, l’autre matin, avec un paysan de ma connaissance, un nomme Magaud. –Je ne le connais pas, dit Maurin. –Nous vous ecoutons, dit M. Rinal qui se renversa dans son fauteuil. –Je commence, dit M. Cabissol. Cela pourrait s’intituler: LE BON CONSEIL DE MAITRE MAGAUD « Tout au bord de la route, maitre Magaud, qui est un grand maigre, silencieusement bechait, sous le soleil de midi. « Sa chemise bleue, ouverte en triangle, ici laissait voir sa poitrine presque noire.

Il soulevait par-dessus sa tete, d’un mouvement automatique, sa lourde pioche a deux dents, et, s’inclinant tout a coup, il la piquait a toute volee dans la terre dure, brusquement fendue. –Je le vois, dit M. Rinal. –Alors, poursuivit M. Cabissol, il saisissait par l’extremite le manche de bois horizontal, il le tirait a lui de bas en haut, et la force du levier detachait un gros bloc dentele de cette terre semblable a de la rocaille.

Cette motte a peine rejetee derriere lui, Magaud recommencait son mouvement toujours pareil, avancant d’un pas tous les quarts d’heure. « Magaud, depuis le jour leve, executait cette monotone manoeuvre ou, parfois, il mettait de la colere.

« –Eh bien, lui dis-je passant par la, ca se fait-il? « –Elle se refuse, la gueuse! » « Elle, c’est la terre. « –Alors, lui dis-je, c’est trop dur? « –Quand ce n’est pas trop dur, repondit-il, c’est trop mou, et ca ne vaut pas mieux.  » « Sur la route, un bruit de charrette arrivait, grincement de bois et de ferraille.

Je regardai derriere nous. Au tournant, la-bas, un petit ane apparut d’abord, entre deux traits de corde, tout laches.

–Pardi! fit Maurin, un ane n’est pas une bete; a moins d’etre tout seul, il tire le moins qu’il peut. C’est un mauvais socialiste, comme nous le sommes tous! M. Cabissol et M.

Rinal echangerent un regard d’intelligence; et le premier, continuant son recit: –Un gros cheval, entre les brancards, suivait l’ane d’un air indolent. « La charrette vide revenait du marche de la ville.

Au beau milieu, assis sur une chaise, le charretier, propre, l’air cossu, fumait une pipe neuve toute blanche. « Quand la charrette passa pres de nous: « –Adieu, Latrinque! fit Magaud.

« –Adieu, Magaud! » fit Latrinque.

« La charrette s’eloigna, nous cachant le petit ane et le cheval. Nous apercevions encore leurs jambes, par-dessous la charrette peinte en bleu, poudree a blanc sur laquelle tronait Latrinque, sa pipe neuve aux dents, le regard flottant sur les vignes de tout le monde, dont il calculait le rapport.

–J’en connais, de ceux-la, interrompit Maurin, et plus d’un! –Magaud jeta sa pioche sous l’ombre legere d’un olivier, avec un soupir de soulagement: « Ah! fit-il, je vais maintenant dire deux mots a mon fiasque! » « Son carnier etait pendu a une basse branche de l’olivier; il le decrocha, en tira pain, fromage, un oignon, et enfin du sel dans un etui de roseau coiffe d’un bouchon de liege; il posa a cote de lui son « fiasque », la bouteille plate revetue de sparterie, et se mit en devoir de casser la croute.

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