Au moment ou le cocher ou mayoral, americain du nord pur sang, apres etre parvenu, a

Cette troupe, composee d’une vingtaine d’hommes a faces patibulaires, etait commandee par un alferez ou sous-lieutenant aussi pauvrement habille que ses soldats, mais dont par contre les armes etaient en fort bon etat.

Cet officier etait un homme long, sec, maigre et nerveux, a la physionomie sournoise, au regard louche, et au teint de bistre. –!Hola! Compadre, cria-t-il au mayoral, vous partez de bien bonne heure il me semble.

Le yankee si insolent un instant auparavant changea subitement de manieres; il s’inclina humblement avec un sourire faux et repondit d’une voix trainante et caline en affectant une grande joie que probablement il n’eprouvait point: –!Eh! !_VAlgame Dios_! C’est le senor don Jesus Dominguez! Quelle heureuse rencontre! J’etais loin de m’attendre a un si grand bonheur ce matin; est-ce que votre seigneurie vient pour escorter la diligence. –Non pas aujourd’hui, un autre devoir m’amene.

–Oh! Votre seigneurie a bien raison, mes voyageurs ne meritent guere une escorte aussi honorable; _costenos_ qui ne me semblent pas etre bien riches, d’ailleurs je serai oblige de m’arreter au moins pendant trois heures a Orizaba pour reparer ma voiture. –Alors adieu et vas au diable! repondit l’officier. Le mayoral hesita un instant, puis drive master au lieu de partir ainsi qu’on le lui commandait, il descendit rapidement de son siege et s’approcha de l’officier.

–Vous avez quelque nouvelle a me donner, n’est-ce pas, compadre, dit celui-ci? –J’en ai une, senor, repondit le mayoral en riant faux. –Ah! Ah! fit l’autre, et qu’est-elle? Bonne ou mauvaise? –Le Rayo est en avant sur la route de Mexico.

L’officier tressaillit imperceptiblement a cette revelation, mais se remettant aussitot: –Vous vous trompez, dit-il. –Ah! Que non pas, je l’ai vu comme je vous vois.

L’officier sembla reflechir une minute ou deux. –C’est bon, je vous remercie, compadre; je prendrai mes precautions. Et vos voyageurs? –Ce sont de pauvres heres, a part deux domestiques d’un comte francais, dont les malles et les caisses remplissent a elles seules toute la voiture, les autres ne meritent pas la peine qu’on s’occupe d’eux. Est-ce que vous avez l’intention de les visiter? –Je n’y suis pas encore decide, je verrai, je reflechirai. –Enfin, vous agirez comme vous le trouverez convenable. Pardonnez-moi de vous quitter, senor don Jesus; mes voyageurs s’impatientent, il me faut partir. –Allons, au revoir. Le mayoral monta sur son siege, fouetta les mules, et la voiture partit avec une rapidite peu rassurante pour ceux qu’elle contenait et qui risquaient a chaque angle du chemin de se briser les os. Aussitot que l’officier se trouva seul, il s’approcha du ventero occupe a mesurer du mais, a quelques arrieros et l’interpellant avec hauteur: –Eh! lui demanda-t-il, n’avez-vous pas ici un caballero espagnol et une dame? –Oui, repondit le ventero, en se decouvrant avec un respect mele de crainte, oui, seigneur officier, un caballero assez age, accompagne d’une dame toute jeune, est arrive ici hier un peu apres le coucher du soleil, dans la berline que vous voyez la remisee devant la porte du rancho; ils avaient avec eux une escorte.

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