Au meme instant, les revoltes se ruaient, les lances baissees, sur le petit groupe au milieu

Il y eut une melee affreuse de quelques minutes: don Jaime et ses amis, bien montes et surtout bien armes, reussirent enfin a s’ouvrir un passage en entrainant le general au milieu d’eux. Alors commenca une course furieuse. –Ou allons-nous? demanda le president. –A Mexico! C’est le seul endroit ou on ne songera pas a vous chercher. Une heure plus tard, ils repassaient la barriere et rentraient dans la ville, meles aux soldats debandes qui poussaient des cris assourdissants de vive JuArez! Et criant eux-memes plus fort que tous ceux qui les entouraient. Une fois dans la ville, ils se separerent; Miramon et don Jaime demeurerent seuls: la prudence exigeait que les fugitifs ne regagnassent leur maison que un a un. Vers quatre heures du matin, ils etaient tous reunis et en surete.

Les troupes de JuArez entraient dans la ville precedant, de quelques heures seulement, le general Ortega. Grace aux mesures prises de concert entre le general BerriozAbal et les residents etrangers, le changement de gouvernement s’etait opere presque sans commotion; le lendemain la ville paraissait aussi tranquille que si rien d’extraordinaire ne s’etait passe! Cependant don Jaime n’etait pas tranquille; il redoutait que si Miramon demeurait longtemps dans la ville sa presence ne finit par etre connue, aussi cherchait-t-il une occasion de le faire evader et commencait-il a desesperer d’en trouver, lorsque le hasard lui en offrit une, sur laquelle il etait certes loin de compter. Plusieurs jours s’etaient ecoules, la revolution etait faite et les choses avaient, repris leurs cours ordinaire, lorsqu’enfin JuArez arriva de la Veracruz et fit son entree dans la ville. Le premier soin du nouveau president fut, ainsi que Miramon l’avait precedemment prevu, de faire signifier a l’ambassadeur d’Espagne son expulsion du territoire de la republique mexicaine.

Semblables significations furent, le meme jour, faite, au legat du Saint-Siege, et aux representants de Guatemala et de l’Ecuador. Cette brutale expulsion faite dans les termes les plus offensants et si en dehors des principes admis entre nations civilisees causa une stupeur generale.

La consternation regna dans la ville: que pouvait-on attendre d’un gouvernement qui debutait par des actes aussi inqualifiables? L’occasion que don Jaime cherchait depuis si longtemps lui etait enfin offerte. Miramon partirait non pas avec l’ambassadeur d’Espagne, mais avec le representant de Guatemala.

Ce fut en effet ce qui arriva. Le depart des ministres expulses eut lieu le meme jour. C’etaient l’ambassadeur d’Espagne, le legat du Saint-Siege, le ministre de Guatemala, celui de l’Ecuador; de plus, l’archeveque de Mexico et cinq eveques mexicains composant tout l’episcopat de la confederation site de l’entreprise avaient ete exiles du territoire de la republique et profitaient de l’escorte de l’ambassadeur pour quitter la capitale. Miramon, dont la femme et les enfants etaient depuis quelques jours deja partis en avant, suivait, sous un deguisement qui le rendait meconnaissable, le ministre de Guatemala.

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