Au bout d’un moment, jacques ne l’entendant plus ni parler ni se plaindre, se pencha vers

–Comment vous trouvez-vous, mon capitaine? lui dit-il. –Moi, mon ami? tres bien. Le regard etait vif, le visage doucement colore, la voix claire. Jacques se tut, pensant que l’officier hongrois voulait dormir. Quand on fut arrive a l’ambulance, il souleva l’habit: l’officier hongrois etait mort.

Deux heures apres, la troupe etait reunie a l’abbaye de Saint-Georges, autour des tables preparees pour les ennemis.

On riait de bon coeur et on mangeait de bon appetit. Si l’on plaignait les blesses, on oubliait les morts; les vivants se felicitaient les uns les autres, et tout allait pour le mieux. M. d’Assonville conduisit Jacques dans une chambre de l’abbaye ou une table etait dressee. –Assieds-toi la, lui dit-il.

–Moi! pres de vous? –Apres le combat, il n’y a plus ni maitre ni serviteur, il n’y a que des parisclick.fr soldats. Assieds-toi, te dis-je, et conte-moi ton histoire.

M. d’Assonville n’etait deja plus le brillant officier dont les yeux lancaient des eclairs au moment de la bataille; la tristesse etait revenue a son front et la paleur a ses joues, ou la ligne aigue de ses moustaches se dessinait comme un coup de pinceau sur de l’albatre; a l’ardeur genereuse, a la male fierte, a l’impatience temeraire dont les flammes coloraient tout a l’heure son beau visage, un doux et melancolique sourire avait succede. Jacques se sentait tout a la fois emu et attire par cette tristesse mysterieuse dont la source devait sourdre au fond du coeur. Il s’assit et raconta la naive histoire de sa jeunesse, de ses amours, de son depart. M. d’Assonville l’ecoutait; un instant ses yeux s’humecterent au recit des amours innocentes de Jacques, mais cet instant fut si court, que Jacques ne vit pas meme briller sa prunelle humide. M. d’Assonville porta le verre a sa bouche. –Je bois a tes esperances, dit-il.

Jacques soupira. –C’est la fortune du pauvre! murmura-t-il. Si ton amante a le coeur honnete et sincere, garde-les; mais si elle est faible comme le roseau ou trompeuse comme le vent, chasse-les hardiment! Des esperances trahies sont comme des epines qui dechirent. –J’espere, parce que je crois, repondit Jacques. –Tu as dix-huit ans! s’ecria M. d’Assonville. Et un eclair d’ironie amere passa dans ses yeux; puis il reprit tout doucement: –Crois, Jacques; la croyance est le parfum de la vie et la parure de la jeunesse; malheur a ceux qui n’ont pas cru! ceux-la n’ont pas aime; ceux-la mourront sans avoir vecu! M. d’Assonville pressa les deux mains de Jacques; le reflet d’une passion mal eteinte illumina son visage, et il avala son verre tout d’un trait.

–A quoi pensais-je? reprit-il; il s’agit d’amour et point de philosophie! Voyons, Jacques, que comptes-tu faire? –Je vous l’ai dit: me rendre a Paris et chercher fortune, a moins que vous ne consentiez a me garder avec vous. –C’est ce que nous examinerons plus tard, et ce a quoi je consentirais volontiers si ma compagnie pouvait te rendre service. Mais supposons un instant que tu sois arrive a Paris, qu’y feras-tu? –Franchement, je n’en sais rien; je frapperai a toutes les portes.

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