Au bout de ce temps, je fis courir le bruit de ma mort; je m’arrangeai de

Le prince n’avait jamais su mon nom; nous autres gentilshommes d’aventure, nous avons la coutume non seulement de changer souvent de pseudonyme, car l’incognito est pour nous une sauvegarde, mais encore d’en porter toujours trois ou quatre a la fois afin d’etablir a notre egard une confusion, grace a laquelle nous nous trouvons parfaitement en surete; en sorte que malgre ses demarches, si, ce que j’ignore, le prince en a tente jamais, il n’a pas reussi, je ne dirai pas a me decouvrir, mais seulement a constater mon drive master existence. –Mais dans quel but aviez-vous conserve ces lettres? –Dans le but fort simple de m’en servir aupres de lui, afin de l’obliger par la crainte d’une revelation a me fournir les sommes dont j’aurais besoin, lorsque la fantaisie me prendrait de renoncer a ma perilleuse carriere. Surpris a l’improviste, je n’ai pu en faire l’usage que je desirais, mais maintenant je ne le regrette pas.

–Je vous remercie, repondit le comte avec effusion, mais afin de reconnaitre un si grand service, n’est-il donc rien que je puisse faire pour vous, en l’extremite ou vous etes? Bras-Rouge jeta a la derobee un regard autour de lui; afin de laisser au comte entiere liberte de s’entretenir avec le condamne, l’aumonier et les deux militaires s’etaient retires dans l’angle le plus eloigne du cachot, ou ils paraissaient causer avec beaucoup d’animation. –Helas! Monsieur le comte, dit-il en baissant la voix, il est trop tard maintenant; j’aurais voulu. .

. –Parlez, et peut-etre, ce dernier desir, le pourrai-je satisfaire. –Eh bien! Soit. Ce n’est pas la mort qui m’effraie, c’est de monter sur un echafaud ignoble, d’etre livre vivant a la risee et aux avanies de cette populace que, si longtemps, j’ai vu trembler devant moi; voila ce qui trouble mes derniers moments, et me rend triste. Je voudrais tromper l’attente de cette foule feroce qui se delecte dans l’espoir de mon supplice, et que le moment arrive, on ne trouve plus que mon cadavre; vous voyez bien que vous ne pouvez rien pour moi, monsieur le comte. –Vous vous trompez, repondit-il vivement, je puis tout au contraire; non seulement je vous soustrairai au supplice, mais encore, s’ils le veulent, vos deux compagnons y echapperont aussi par une mort volontaire. Un eclair de joie brilla dans l’oeil fauve du condamne. –Vous dites vrai? s’ecria-t-il. –Silence, fit le comte; quel interet aurai-je a vous tromper, lorsqu’au contraire mon plus vif desir est de vous prouver ma gratitude. –C’est vrai, mais par quel moyen? –ecoutez-moi: cette bague que je porte au doigt renferme un poison d’une force extreme, il ne faut qu’ouvrir le chaton et respirer son contenu pour tomber mort; ce poison tue sans souffrance avec la rapidite de la foudre. Un de mes ancetres rapporta cette bague de la Nouvelle-Espagne, ou il avait ete vice-roi. Vous connaissez la science profonde des Indiens pour composer les poisons; voici la bague, je vous l’offre, la voulez-vous? –Certes, s’ecria-t-il en s’en emparant et la cachant vivement dans sa poitrine; merci, monsieur le comte, vous ne me devez plus rien, nous sommes quittes; vous faites plus pour moi par le don de cette bague que je n’ai fait pour vous; graces vous soit rendues! Je vous devrai d’echapper, ainsi que mes pauvres amis, au sort ignominieux qui nous attend.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *