–assassin de mon pere, bourreau de ma mere, dit le jeune homme d’une voix terrible, lache

–Oui, dit don Jaime, et ce Loick que la misere avait conduit au crime, repentant de sa faute, me l’a rendu a moi.

–Oui tout cela est vrai, fit don Horacio d’une voix saccadee; ce jeune homme est bien mon neveu, il a les traits et la voix de mon malheureux frere! Il cacha son visage dans ses mains. Mais se redressant aussitot: –Mon frere, dit-il avec fermete, vous possedez presque toutes les preuves des crimes horribles que j’ai commis; et s’approchant d’un meuble qu’il brisa: voici celles qui vous manquent, ajouta-t-il en lui remettant une liasse de ici papiers. A mon insu peut-etre deja le remord etait entre dans mon coeur: voici mon testament, prenez-le, il nomme mon neveu mon legataire universel en etablissant ses droits d’une maniere indiscutable; mais le nom de Tobar ne doit pas etre fletri. Pour vous, pour votre neveu dont le nom est le mien, n’executez pas la cruelle vengeance que vous avez preparee contre moi: je vous jure sur ma foi de de gentilhomme, sur l’honneur sans tache de mes ancetres, que vous aurez pleine satisfaction des crimes que j’ai commis et de l’existence de douleur a laquelle j’ai condamne ma belle-soeur. Don Jaime et Dominique demeurerent sombres et silencieux. –Me refuserez-vous? Serez-vous donc impitoyables? s’ecria-t-il avec anxiete. En ce moment, dona Maria quitta la chaise sur laquelle son fils l’avait etendue; elle se leva toute droite et marchant d’un pas lent et automatique vers don Horacio elle se placa entre lui, son frere et son fils; alors etendant le bras avec une majeste supreme: –Frere de mon mari, dit-elle d’une voix empreinte d’une douceur ineffable, la vengeance n’appartient qu’a Dieu! Au nom de l’homme que j’ai tant aime et que votre main cruelle m’a ravi, je vous pardonne les affreuses tortures que vous m’avez infligees, les douleurs sans nom auxquelles, depuis vingt-deux ans, vous m’avez condamnee, moi pauvre femme innocente, je vous pardonne! Puisse Dieu vous etre misericordieux! Don Horacio tomba prosterne a ses genoux. –Vous etes une sainte, dit-il, je suis indigne de pardon, je le sais, mais j’essaierai de racheter autant qu’il dependra de moi, par ma mort, les crimes de ma vie. Il se releva alors et voulut lui baiser la main, mais elle se recula avec un geste d’horreur. –C’est juste, dit-il tristement, je suis indigne de vous toucher. –Non, reprit-elle, puisque le repentir est entre dans votre coeur. Et elle lui tendit la main en detournant la tete. Don Horacio y imprima ses levres avec respect et se tournant vers son beau-frere et son neveu toujours immobiles: –Vous seuls, dit-il tristement, serez-vous donc impitoyables? –Nous n’avons plus le droit de punir, repondit sourdement don Jaime. Dominique baissa la tete en gardant un silence farouche; sa mere s’approcha de lui et le prit doucement par le bras; a cet attouchement, le jeune homme tressaillit. –Que voulez-vous, ma mere? dit-il. –J’ai pardonne a cet homme, lui dit-elle d’une voix douce avec priere.

–Ma mere, repondit-il avec un accent de haine implacable, quand j’ai maudit cet homme, c’est mon pere qui parlait par ma bouche et, du fond de la tombe sanglante ou l’a couche ce miserable, me dictait cette malediction; elle restera sur lui, stigmate indelebile, et Dieu lui demandera, comme au premier fratricide: Cain! Qu’as-tu fait de ton frere? A ces paroles, prononcees d’une voix terrible, don Horacio s’affaissa foudroye sur le sol.

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