Arrive enfin proche la garita ou porte de belen, il s’arreta devant une maison isolee, d’apparence

Au bruit des pas du cheval, une croisee s’etait entr’ouverte, un cri de joie etait parti de l’interieur de la maison, et un moment apres la porte s’ouvrit toute grande et lui livra passage. Don Adolfo entra, traversa le zaguAn, penetra jusqu’au patio, ou il mit pied a terre, et attacha la bride de son cheval a un anneau scelle dans le mur. –Pourquoi prendre ce soin, don Jaime? dit d’une voix douce et melodieuse, une dame, en paraissant dans le patio; avez-vous donc l’intention de nous quitter aussi promptement? –Peut-etre, ma soeur, repondit don Adolfo ou don Jaime, ne pourrai-je demeurer que fort peu de temps pres de vous, malgre mon vif desir de vous donner plusieurs heures. –Bien, bien, mon frere, dans le doute laissez Jose conduire votre cheval au corral ou il sera mieux que dans le patio.

–Faites comme il vous plaira, ma soeur.

–Vous entendez, Jose, dit la dame a un vieux serviteur, conduisez Moreno au corral, bouchonnez-le avec soin, et donnez lui double ration d’Alfalfa; venez, mon frere, ajouta-t-elle en passant son bras sous celui de don Jaime. Celui-ci ne fit pas d’objection, et tous deux entrerent dans la maison. La chambre dans laquelle ils penetrerent etait une salle a manger, modestement meublee, mais avec ce gout et cette proprete qui denotent des soins assidus, le couvert etait mis pour trois personnes. –Vous dejeunez avec nous, n’est-ce pas, mon frere? –Avec plaisir; mais avant tout, ma soeur, embrassons-nous, et donnez-moi des nouvelles de ma niece. –Votre niece sera ici dans un instant; quant a son cousin, il est absent, ne le savez-vous pas? –Je le croyais de retour. –Pas encore, nous sommes meme fort inquiets sur son compte, ainsi que vous, il mene une vie assez mysterieuse; partant sans dire ou il va, demeurant souvent fort longtemps dehors, puis revenant sans dire d’ou il vient. –Patience, Maria, patience! Ne savez-vous pas, repondit-il avec une nuance de tristesse dans la voix, que c’est pour vous, pour votre fille que nous travaillons? Un jour, prochain, je l’espere, tout s’eclaircira. –Dieu le veuille, don Jaime, mais nous sommes bien seules et bien inquietes dans cette petite maison; le pays est dans un etat de voir la page bouleversement deplorable, les routes sont infestees de brigands, nous tremblons a chaque instant que vous ou don Estevan ne soyez tombe entre les mains de Cuellar de Carvajal ou del Rayo, ces bandits sans foi ni loi, dont on nous fait chaque jour des recits effrayants.

–Rassurez-vous ma soeur, Cuellar, Carvajal et meme. .

. el Rayo, repondit-il en souriant, ne sont pas aussi terribles qu’on se plait a vous les representer; du reste, je ne vous demande plus qu’un peu de patience: avant un mois, je vous le repete, ma soeur, tout mystere cessera, justice sera faite. –Justice! murmura dona Maria avec un soupir, cette justice me rendra-t-elle mon bonheur perdu, mon fils. . . ? –Ma soeur, repondit-il avec une certaine solennite, pourquoi douter de la puissance de Dieu? Esperez, vous dis-je. –Helas, don Jaime, comprenez-vous bien la portee de ce mot? Savez-vous ce que c’est que de dire: esperez, a une mere? –Maria, ai-je besoin de vous repeter que vous etes, vous et votre fille, les deux seuls liens qui me rattachent a la vie, que je vous ai voue mon existence tout entiere, sacrifiant pour vous voir un jour heureuses, vengees et replacees dans le haut rang dont vous n’auriez pas du descendre, toutes les joies de la famille et toutes les excitations de l’ambition! Le but que depuis si longues annees je poursuis avec tant de perseverance, avec une obstination si grande, ce but, supposez-vous donc que vous me verriez si calme et si resolu, si je n’avais pas la certitude d’etre sur le point de l’atteindre? Ne me connaissez-vous donc plus? N’avez-vous plus foi en moi? –Si, si, mon frere, j’ai foi en vous! s’ecria-t-elle en se laissant aller dans ses bras; et voila pourquoi je tremble sans cesse, meme lorsque vous me dites d’esperer, parce que, je sais que rien ne saurait vous arreter, que tout obstacle qui se dressera devant vous sera renverse, tout peril affronte en face, et je redoute que vous ne succombiez dans cette lutte insensee soutenue pour moi seul.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *