Apres la ceremonie, au zinc de la rue d’aboukir, comme il levait haut le coude, pour

Et, au debut du dejeuner, un dechirement se lamenta pendant qu’on hissait l’infirme sur une chaise. La mere Salomon, sa voisine de droite, etait un peu sourde, et sa voisine de gauche, la gantiere Rachel, flirta avec Bernheim, le marchand de lorgnettes, jusqu’apres le dessert; lui, forcement se tut. D’exquises boissons et d’exquises mangeailles le consolerent abondamment. Puis, tres aise, il s’en etait revenu le long du boulevard Sebastopol, le long de la rue Rivoli, tantot filant vite pour contraindre a se garer precipitamment les lourds promeneurs du dimanche, tantot stationnant au plus compact de la foule pour empecher de leurs courses les poursuivants d’omnibus. Malices impunies, tout le monde manifestant une deference pour sa difformite. Maintenant l’orage se deverse dru: ephraim s’empresse; mais un nouveau craquement lui suggere: « Ce ne serait pas drole de rester la, en plan, le derriere dans l’eau.  » Et il s’efforce vers une arcade ou s’engouffre un public humide et morose. Dessous, bee une porte olivatre, que couronne l’indication: Musee egyptien.

ephraim la franchit. II Il se bouscule dans la salle une grouillante cohue. Le nez du juif s’enfouit dans les basques des jaquettes ou se froisse au rude contact des fausses tournures. Un empuantement de malsains parfums s’affadit.

Les coudes font choir sa casquette. Virer, partir; nul moyen: il est pris comme dans une vivante cage. A chaque heurt de pieds inattentifs, il percoit son siege s’affaisser. Et ses reins s’encastrent plus profondement dans les coussins ou il repose.

Soudain, au-dessus de lui, une mere gifle son mioche. Pour esquiver d’autres coups, l’enfant se roule, ahuri, pese du talon sur le chariot du cul-de-jatte qu’il ne voit pas. Catastrophe. Une commotion ebranle ephraim qui s’effondre avec son assise. Les poignees ou ses mains prenaient appui roulent au loin. Cependant il tente une fuite, mais un eclat aigu de planche brisee raye les dalles et s’oppose a la progression des roues. Un desespoir: calculer la depense d’un tape-cul neuf et le prix de la course en fiacre pour rentrer. Et puis, la crainte d’etre pietine! Par malheur, la-haut, des disputes se clament; de furieuses gesticulations se detendent, il se bave de rageuses injures, et des enfants pleurent. Bientot le juif s’epouvante a parer en vain des horions indus; des poings le frolent ici et l’accrochent, des genoux cognent son dos. Il s’exaspere, il redoute qu’on ne lui marche sur les doigts et ne cesse de crier, melant des invectives a ses requetes de secours. Alors, peu a peu on s’apaise.

Des oreilles s’inclinent vers l’infirme; il y verse des recriminations pleurardes, apitoyantes, avec l’intonation qu’il suppose devoir le plus facilement toucher. A grands soins, on le porte dans le chambranle d’une fenetre, entre des steles entamees de nombreux hieroglyphes. ephraim Samuel s’enorgueillit de ces prevenances unanimes. Il se laisse faire, plaignard avec une muette esperance de ripailles qu’on paiera pour le reconforter.

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