Apres cet echange mutuel de bons procedes les deux interlocuteurs se separerent, le vieillard rentra dans

Les soldats mirent pied a terre, attacherent leurs chevaux au piquet et commencerent a vaguer de cote et d’autre en fumant leur cigarette, regardant tout avec cette inquiete curiosite particuliere aux Mexicains. Cependant l’officier avait dit quelques mots a voix basse a un soldat; celui-ci, au lieu d’imiter l’exemple de ses compagnons, etait au contraire remonte a cheval et s’etait eloigne au galop. Vers dix heures du matin, les domestiques de don Antonio de Carrera attelerent les chevaux a la berline, puis quelques instants plus tard le vieillard sortit.

Il donnait le bras a une dame, tellement enveloppee dans son voile et sa mante qu’il etait litteralement impossible de rien voir de son visage ou de rien deviner de l’elegance de sa taille.

Aussitot que la jeune dame eut ete confortablement installee dans la berline, don Antonio se retourna vers l’officier qui s’etait rapidement rapproche de lui. –Nous partirons quand vous voudrez, seigneur lieutenant, lui dit-il. Don Jesus s’inclina. L’escorte se mit en selle; le vieillard monta alors dans la berline dont la portiere fut fermee par un domestique qui prit place sur le siege a cote du cocher; quatre autres domestiques bien armes se rangerent derriere la voiture. –En route, cria l’officier. La moitie de l’escorte prit les devants, l’autre moitie forma l’arriere-garde, le cocher fouetta ses chevaux, et voiture et cavaliers emportes par un galop rapide disparurent dans un nuage de poussiere. –Que Dieu le protege! murmura le ventero en se signant et en faisant sauter dans sa main deux onces d’or que lui avait donnees don Antonio; ce vieillard est un digne gentilhomme, malheureusement don Jesus Dominguez est avec lui, et je crains bien que son escorte ne lui soit fatale. III LES SALTEADORES Cependant la berline roulait entouree par son escorte sur la route d’Orizaba. Mais a peu de distance de cette ville elle fit un crochet et par une traverse elle rejoignit le chemin de Puebla et s’avanca vers les defiles de las Cumbres; tout en courant a fond de train sur la route poudreuse, les deux voyageurs causaient entre eux.

La dame qui accompagnait le vieillard etait une jeune fille de seize a dix-sept ans au plus; ses traits fins delicats, ses yeux bleus bordes de longs cils qui en s’abaissant tracaient un demi-cercle brun sur ses joues veloutees, son nez droit aux ailes roses et mobiles, sa bouche mignonne dont les levres de corail laissaient en s’entr’ouvrant apercevoir ici le double chapelet de perles de ses dents, son menton separe par une legere fossette, son teint pale dont la blancheur etait rendue plus mate par les boucles soyeuses d’une chevelure de jais dont son visage etait encadre et qui retombait sur ses epaules, lui formaient une de ces physionomies etranges et sympathiques, comme seuls en produisent les pays equinoxiaux, et qui, sans avoir la morbidesse de nos freles beautes des froids climats du nord, ont cet irresistible attrait qui fait rever l’ange dans la femme et impose non seulement l’amour, mais encore l’adoration.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *