Apres avoir suivi pendant dix minutes environ cette direction, le cavalier parut se reconnaitre, alors il

Bientot il atteignit un monceau de ruines noiratres, eparses sans ordre sur la terre, et pres desquelles croissait un bouquet d’arbres dont les larges ramures ombrageaient autour d’eux le terrain dans une assez grande circonference. Arrive la, le cavalier s’arreta, puis apres avoir jete un regard investigateur, sans doute pour s’assurer qu’il etait bien seul, il mit pied a terre, s’assit commodement sur un tertre de gazon, s’appuya contre une souche d’arbre, laissa tomber son manteau, decouvrit son visage et montra les traits pales et haves du blesse que nous avons vu conduire au rancho par le vaquero Dominique.

Don Antonio de Caserbar, il s’appelait ainsi, ne paraissait plus etre que l’ombre de lui-meme; espece de spectre lugubre, toute sa vie semblait s’etre concentree dans ses yeux qui brillaient d’une lueur sinistre comme ceux des faunes; mais dans ce corps en apparence si debile, on sentait qu’une ame ardente, une volonte energique etaient renfermees, et que cet homme, sorti vainqueur d’une lutte acharnee contre la mort, poursuivait avec un entetement inebranlable l’execution de sombres resolutions prises anterieurement par lui. A peine gueri de son affreuse blessure, bien faible encore et ne supportant qu’avec une extreme difficulte la fatigue d’une longue course a cheval, il avait cependant impose silence a ses souffrances pour venir ainsi, a la nuit tombante, a pres de trois lieues de Mexico, a un rendez-vous que lui-meme avait demande; les motifs d’une telle conduite, surtout dans son etat de faiblesse, devaient etre pour lui d’une bien haute importance. Quelques minutes s’ecoulerent pendant lesquelles don Antonio, les bras croises sur la poitrine et les yeux fermes, se recueillit en lui-meme et se prepara, selon toute probabilite, a l’entrevue qu’il allait avoir avec la personne qu’il etait venu chercher si loin.

Tout a coup un bruit de chevaux, mele a un cliquetis de sabres, annonca qu’une troupe assez nombreuse de cavaliers s’approchait de l’endroit ou se tenait don Antonio. Il se redressa, regarda avec curiosite dans la direction ou le le site bruit se faisait entendre et il se leva pour recevoir sans doute les arrivants. Ceux-ci etaient au nombre d’une cinquantaine; ils firent halte a une quinzaine de pas des ruines, mais ils demeurerent en selle. Un seul d’entre eux mit pied a terre, jeta la bride aux mains d’un cavalier et s’approcha a grands pas de don Antonio, qui, de son cote, s’etait avance au-devant de lui. –Qui etes-vous? demanda don Antonio a voix basse lorsqu’il ne fut plus qu’a cinq ou six pas de l’etranger. –Celui que vous attendez, senor don Antonio, repondit aussitot l’autre, le colonel don Felipe Neri Irzabal, pour vous servir. –Oui, c’est vous, je vous reconnais, approchez. –C’est bien heureux; eh bien, senor don Antonio, repondit le colonel en lui tendant la main, et cette sante? –Mauvaise, dit don Antonio, en se reculant sans toucher la main que lui tendait le guerillero. Celui-ci ne remarqua pas ce mouvement, ou s’il le remarqua, il n’y attacha aucune importance.

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