Alors, vois-tu, aux deux premiers bons repas, ca crevera comme un sac use

Prends-le donc chez toi et ne lui refuse rien. Mets sur ta table, tous les jours, des cotelettes, beaucoup, et du gigot, dont tu profiteras. . .

Ah! si je pouvais etre a ta place! Mais je suis seul, pechere! sans femme et sans argent; et je ne pourrais pas, comme toi, faire toutes ces avances. . .

Fais comme je te dis, et en moins d’une semaine, il sera mur, le ladre, pour le cimetiere. Sur la nourriture qu’il ne payera pas il va tomber comme les sauterelles sur le ble en herbe.

Il mourra de son avarice, et ce sera pain benit. « –Je te remercie du bon conseil, Magaud, me dit Latrinque en s’en allant, mais, vois-tu, faut de la prudence. . .

et je n’irai pas si vite.

. . Pas moins, je suivrai le bon conseil, mais je n’irai pas si vite! « –Tu auras tort: reflechis qu’il faut que la nourriture le surprenne! » « Latrinque se mit a bien nourrir le Canonge, mais voila que le Canonge se mit a engraisser! « Alors je dis a Latrinque: « –Etrangle tes poulets ». « Il les etrangla. Meme il tordit le cou, avant la Noel, a deux dindes qu’il reservait pour la fete de Notre Seigneur. Tant et si bien qu’un jour ou Latrinque travaillait au bout de sa vigne, en attendant mon aide, l’idee me prit, comme je l’allais rejoindre, d’entrer dans sa maison pour voir comment se portait le Canonge; j’allais comme qui dirait visiter les pieges. La table etait encore mise, monsieur, avec une nappe, monsieur! des bouteilles de plusieurs grandeurs et beaucoup de cotelettes et aussi du poulet, et aussi du boeuf et du cochon roti. Et devant la table, par terre, les bras ouverts en croix comme s’il priait, etait couche sur le dos le Canonge, la figure toute maigre et le ventre en l’air, tout rond! Je le vis en entrant, mon Canonge, raide-mort, monsieur, raide-mort! son avarice l’avait tue, comme de juste–et comme je l’avais prevu. Je le tatai, il etait deja froid. « Alors, je courus vers Latrinque, jetant la ma pioche pour aller plus vite, perdant mon chapeau, et de bien loin, drive master je lui criai: « –Le Canonge est mort! « –Le Canonge est mort? » « Il ne voulait pas se le croire. On ne croit pas tout de suite a des fortunes de cent mille francs. « –Oui, le Canonge est mort! » « Alors, Latrinque, lui aussi, jeta sa pioche en l’air et il se mit a danser au soleil, comme un fou, au milieu des mottes dures. On eut dit qu’il foulait la vendange dans sa cuve, quoiqu’il dansat trop haut pour ca. Tout en un coup, il se mit a courir vers sa maison pour aller voir par lui-meme si c’etait bien vrai, mais une idee le prit en chemin; il s’arreta pres de moi, me mit le poing sous la figure, et me dit: « –Tu te fiches de moi, _preutretre_? « –Je te dis qu’il est mort, espece d’ane! « –Si tu me fais une farce, me dit Latrinque, nous reglerons la suite,–mais si tu as dit verite, Magaud,–comme c’est toi qui m’as donne le conseil. . . et que l’heritage est beaucoup gros,–je te promets. . . vingt francs! tu entends bien? je te donnerai vingt francs, pas un liard de moins; et ca, je te le jure sur la tete de mes enfants et de ma pauvre mere qui est morte.

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