Ainsi que cela arrive toujours en pareil cas, ces calculs se trouverent faux, le roi reconquit

Mon aieul obtint facilement son pardon du roi qui meme daigna plus tard lui donner un commandement important et qui attacha son fils aine a son service; mais le cadet, malgre les prieres et les injonctions de son pere, ne consentit jamais a rentrer en France et se fixa definitivement en Espagne. Cependant, bien que separees, les deux branches de la famille continuerent a entretenir des relations entre elles et a s’allier l’une a l’autre. Mon grand-pere epousa pendant l’emigration une fille de la branche espagnole; aujourd’hui c’est a moi a en contracter une semblable. Vous voyez, cher monsieur, que tout cela est fort prosaique et fort peu interessant. –Ainsi vous consentiriez a epouser les yeux fermes pour ainsi dire une personne que vous n’avez jamais vue, que vous ne connaissez meme pas? –Que voulez-vous, cela est ainsi; mon consentement est inutile dans cette affaire, l’engagement a ete solennellement pris par mon pere, je dois faire honneur a sa parole. D’ailleurs, ajouta-t-il en souriant, ma presence ici vous prouve que je n’ai pas hesite a obeir. Peut-etre si ma volonte eut ete libre, n’eusse-je pas contracte cette union; malheureusement cela ne dependait pas de moi, j’ai du me conformer a la volonte de mon pere. Du reste, je vous avoue qu’ayant ete eleve dans la perspective continuelle de ce mariage, le sachant inevitable, je me suis peu a peu habitue a la pensee de le contracter et ce sacrifice n’est pas pour moi aussi grand que vous le pourriez supposer. –N’importe, repondit Olivier avec une certaine rudesse, au diable la noblesse et la fortune si elles imposent de telles obligations; mieux vaut la vie d’aventure au desert et l’independance pauvre; au moins on est maitre de soi. –Je suis completement de votre avis; malgre cela, il me faut courber la tete. Maintenant me permettez-vous le site de vous adressez une question? –Pardieu, de grand coeur, deux si cela vous convient. –Comment se fait-il que nous etant rencontres par hasard dans l’hotel francais a la Veracruz, au moment ou je debarquais, nous nous soyons lies aussi vite et aussi intimement? –Quant a cela, il me serait impossible de vous le dire, vous m’avez plu au premier coup d’oeil, vos manieres m’ont attire; je vous ai offert mes services, vous les avez acceptes, et nous sommes partis ensemble pour Mexico: voila toute l’histoire, une fois la nous nous separerons pour ne plus nous revoir sans doute, et tout sera dit. –Oh, oh! Monsieur Olivier, laissez moi croire que vous vous trompez, que nous nous verrons souvent au contraire, et que notre connaissance deviendra bientot une solide amitie. L’autre hocha la tete a plusieurs reprises. –Monsieur le comte, dit-il enfin, vous etes gentilhomme, riche et bien pose dans le monde, moi je ne suis qu’un aventurier, dont vous ignorez la vie passee et dont a peine vous savez le nom, en supposant que celui que je porte en ce moment soit le veritable; nos positions sont trop differentes, il y a entre nous une ligne de demarcation trop nettement tranchee, pour que nous puissions etre vis-a-vis l’un de l’autre sur un pied d’egalite convenable.

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