Ai-je la berlue? voila mon ane qui s’est change en moine par la permission de dieu!

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Oi! ai! oi! oi! que dira ma femme, pauvre de moi!. .

. Je sais bien qu’il la faisait souvent enrager, ce bougre d’ane! mais enfin il n’en portait pas moins au village nos courges et nos pasteques et, selon ce site la saison, notre ble ou nos olives au moulin! Oi! oi! ai! las!.

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que vais-je faire d’un moine, a present? quel besoin avais-je d’un moine! « Pancrace, voyant Mangeosebe si bete et si saintement credule, voulut s’en amuser un peu, et par pure plaisanterie, gravement il lui dit: –Oh! mon maitre!. . . Je vous plains de tout mon coeur, puisque ce qui fait ma joie fait votre ennui. . .

Mais n’est-ce pas la regle d’ici-bas, helas! que le bonheur de l’un fasse le malheur de l’autre? Ainsi vont les choses terrestres. Et j’ai quelque satisfaction, je l’avoue, a vous remercier avec une voix humaine, des bons coups d’etrille et de la bonne herbe que vous m’avez quelquefois donnes. . .

« Pour ce qui est des coups de trique, j’en avais tous les jours et ration double; n’en parlons plus, s’il vous plait. . .

Mais voici ce qui arrive et l’explication de cette aventure. Autrefois, bien avant d’etre un ane, j’etais un moine, ne dans la moinerie. . . Or, j’eus le malheur, tout moine que j’etais, de commettre un gros, un tres gros peche. . . car la chair est faible, et Dieu–juste punition de ma faute–fit de moi, pechere, un pauvre ane, le pauvre ane dont vous devintes un jour le maitre, sans vous douter, pechere! que vous aviez achete un moine a la foire! Et voila que mon temps d’anerie, comme qui dirait mon temps de galeres ou plutot de purgatoire terrestre, vient de finir a l’instant, et la, a cette place meme ou vous m’aviez attache, la, pendant que j’etais en train de brouter l’herbe dure, crac! voila que, tout a coup, je suis redevenu moine! et la corde de mon licol est redevenue ma ceinture! –Helas! dit Mangeosebe en se grattant la tete, je crois, decidement, que je perds au change!. .

. –ca doit etre pour vos peches, mon pauvre homme! repliqua Pancrace.

–Je le prends ainsi, dit Mangeosebe,–et que la volonte de Dieu s’accomplisse! Allons, puisqu’il n’y a rien a faire, quittons-nous bons amis. .

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Et surtout ne pechez plus, frere moine. . . –Tenez compte de votre conseil pour vous-meme, lui cria Pancrace qui s’eloigna en riant tout seul. « Le paysan rentra au village et le moine au couvent. Alors Pancrace et Panuce, s’etant consultes dans le secret de leur cellule, jugerent qu’il ne fallait point rendre l’ane, a seule fin de ne pas faire naitre dans l’esprit simple du paysan ou le doute ou la colere, qui tous deux egalement plaisent au diable. Et il fut convenu qu’on vendrait l’ane a la foire.

. . « Ce fut, bien entendu, Panuce qui s’y rendit seul. Puisqu’il etait convenu que Pancrace et l’ane n’etaient a eux deux qu’une seule et meme personne, il ne convenait pas de les montrer ensemble. –_I, l’ai! hue, gia, l’ai!_ » « Or, de son cote, pour acheter un autre ane dont il ne se pouvait passer, Mangeosebe etait alle a la foire.

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