–ah! vous voulez toute la suite de l’aventure? je vous previens qu’elle s’est prolongee singulierement

–Allez toujours. –Eh bien, il arriva une greve. Tous les macons de la region abandonnerent leurs travaux, il n’y eut bientot plus assez de boules a Aiguebelle ni dans les communes environnantes, tous les grevistes de nos campagnes etant boulomanes. –Et quels etaient leurs desiderata? –Voici. Le chef des grevistes, Darboux, alla trouver le patron: « –Nous avons commence la villa du Lyonnais, lui dit-il, c’est nous qui l’acheverons. Vouastre Lyoune es un couyoun; un home qui coumpren pas nouastre caratero. (Votre Lyonnais est un. . . ane; un homme qui ne comprend pas notre _caratere_. ) Il ne peut pas, a cause d’une galegeade, ruiner le pays, voyons! Ouvrez-lui la _comprenure_, a cet « etranger du dehors »! « Darboux avait raison. Mais mon ami Larroi etait un homme tetu; il ne voulait rien entendre, il ne parlait de rien moins que de quitter Aiguebelle a tout jamais. J’allai le voir pour tenter d’arranger les choses. Elles s’etaient singulierement gatees. « Quand drive-master.com j’arrivai, cinq mille Aiguebellois (la moitie de la population d’Aiguebelle) entouraient la maison de campagne que Larroi avait louee en attendant que sa villa fut construite. « Des plaisanteries la foule passa bientot aux menaces. Tous les joueurs de boules, c’est-a-dire tous les grevistes, etaient la, leurs boules ferrees (de vrais boulets) dans les mains. On commencait a les lancer dans les vitres. « –Toi qui pretends les comprendre, va leur parler, me dit Larroi. Explique-leur que je suis libre de quitter le pays et que je le quitterai: c’est mon dernier mot.  » « Je descendis, je me presentai a la foule menacante. Malheureusement je n’etais pas encore tres connu a Aiguebelle en ce temps-la. « –Mes amis, un peu de silence! m’ecriai-je en montant sur une chaise que j’avais apportee.

Je viens vous donner des explications apres lesquelles, je l’espere, chacun de vous rentrera chez soi, car voici que le jour finit et il se fait temps d’aller souper. « –Ques aqueou couyoun que parlo?–c’est-a-dire: quel est cet ane qui brait? »–cria une voix. « Et je recus, en pleine poitrine, le cochonnet, petite boule de buis dont le choc me fut assez desagreable.

« –A l’eau! » cria-t-on de tous cotes.

« Aiguebelle est situe au bord de l’Argens. Il y avait peu d’eau dans la riviere en ce mois d’ete, mais enfin il y en avait, et je compris que si on n’avait pas le dessein de me noyer, on serait bien content, tout au moins, de me voir barboter un peu. « J’etais fort mal a mon aise. Tout a coup, un homme, sortant de la foule, vint a moi. « –Descendez de votre chaise, monsieur Cabissol, me dit-il, je vais leur parler, moi.

 » « J’obeis, subjugue par le ton decide du personnage.

« Il etait curieux, le personnage.

« Jeune, tres maigre, et singulierement vetu d’une redingote noire trop longue, gilet et pantalon assortis, il etait coiffe du _kalitre_ (haut de forme) que les gens de la campagne ne mettent ici qu’une fois dans leur vie, le jour de leur mariage.

Ce chapeau portait un crepe. « L’homme, etant monte sur ma chaise, cria d’une voix de tonnerre: « –Citoilliens! je connais le citoillien qui vient de vous parler: c’est un bon.

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