Ah! tu ris! tu verras, mon garcon! comme jacques lachait la bride au cheval, l’etranger le

–Un mot encore.

Connais-tu dans les environs une maison de braves gens ou je puisse attendre ton retour sans le site craindre les indiscrets? –J’en connais dix, mais il y en a une surtout qui fera votre affaire.

Sortez du bois, suivez le sentier ou je vous ai rencontre, prenez la grande route et arretez-vous devant la premiere maison que vous trouverez sur votre droite. Vous la reconnaitrez facilement. Tout est ouvert, portes et fenetres. Vous serez chez mon pere, Guillaume Grinedal, comme chez vous.

–Diable! mais j’y serai tres bien, dit l’etranger avec un sourire. Va maintenant. Il retira sa main qui serrait la gourmette, et le cheval partit. Un quart d’heure apres, l’etranger entrait dans le jardin de Guillaume Grinedal.

A la vue d’un etranger, le fauconnier quitta un long pistolet d’arcon qu’il fourbissait et se leva. –Que demandez-vous? lui dit-il. –L’hospitalite. –Entrez. Ce que j’ai est a vous. Si vous avez faim, vous mangerez; si vous avez soif, vous boirez; et pour si pauvre que je sois, j’ai toujours un lit pour le voyageur que Dieu conduit.

En parlant ainsi, le pere Guillaume avait decouvert son front; ses traits honnetes, rides par le travail, gardaient une expression de dignite qui le faisait paraitre au-dessus de sa condition. –Je vous remercie, dit l’etranger; ma visite sera courte. Quand votre fils sera revenu, je partirai. Guillaume l’interrogea du regard. –Oh! reprit son hote, il ne court aucun danger. Avant que la lune se soit levee, il sera de retour. Je suis un marchand d’Arras qui vais, pour les affaires de mon commerce, a Lille; le pays est mauvais, et j’ai pense que votre fils pourrait, plus surement que moi, se charger d’une valise laissee aux mains de mon valet a Witternesse. On ne saurait trop prendre de precautions dans les temps ou nous vivons. Tandis que l’etranger parlait, Pierre, Claudine et quelques enfants, d’abord epars dans le jardin, s’etaient doucement ranges autour de lui, avec cette avide et farouche curiosite qui cherche mille detours pour se satisfaire et s’etonne de tout ce qu’elle voit.

Guillaume les ecarta du geste et pria l’etranger de le suivre, a quoi celui-ci se soumit sans deliberer. –Vous avez raison, reprit le fauconnier quand ils furent parvenus dans la salle basse de la maisonnette, nous vivons dans un temps ou il faut s’entourer de precautions. Mais dans la maison d’un honnete homme il n’en est pas besoin; ainsi, mon gentilhomme, ne vous genez point pour deguiser votre langage et vos manieres.

A ces mots, l’etranger tressaillit. –Je ne vous demande pas votre qualite et votre nom, reprit le fauconnier. L’hote est sacre; son secret est comme sa personne; mais il ne faut point parler devant les enfants; les enfants ont le sens droit, ils comprennent et devinent; sitot qu’on ouvre la bouche ils ecoutent. Se taire est donc prudent.

Moi, j’ai des cheveux gris, je n’ai rien vu, rien entendu, rien compris. –Vous etes un brave homme! s’ecria impetueusement l’etranger. Mordieu! je n’ai que faire de dissimuler avec vous.

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