Ah! garce! charogne! elle me ruinera, la gueuse! six poulets et trois lapins, voila son compte

. . On ne me la tuera donc pas, cette aigle enragee! Elle veut mon chien a present que ma chienne est morte! et je n’ai que lui pour la chasse! Il se tourna violemment vers Maurin: –Te, Maurin, toi que tu as le temps, reste ici a l’espere jusqu’a ce que tu me l’aies tuee.

Je te loge, je te nourris et nous serons quittes. Et encore, foi de Secourgeon, je te rendrai service a l’occasion. Dans ton metier, he, tu as, des fois, besoin d’aide? Mise Secourgeon, emue par l’aigle, accourait, levant les bras au ciel. Elle etait toute tremblante, Mise Secourgeon.

Vingt-cinq ans, avec un mari de cinquante. Elle etait jolie, Mise Secourgeon.

Elle avait entendu les honnetes propositions de son mari. On etait un peu solitaire, a la ferme des Agasses. Un hote a loger deux ou trois jours, et qui rendrait le service de tuer l’aigle, cette idee ne lui deplaisait pas, a Mise Secourgeon! On racontait, sur Maurin, des choses! Il en savait, celui-la, des histoires!. .

.

Quand il voulait, disait-on, il etait amusant, ce Maurin, aux le site veillees. . . Elle etait beaucoup curieuse de lui. –ca est dit, que? vous restez, dit-elle. Ve, rendez-nous ce service! –C’est vrai que tu coucheras a la feniere, dit Secourgeon rendu tout a coup soupconneux par l’entrain de sa femme et le brillant regard que lui lancait Maurin. –Un lit de foin en vaut un autre,–quand on a une bonne conscience, dit Maurin.

Marche conclu, je reste. . . pour l’aigle. Et je ne veux pas etre nourri sans rien donner. Je vous fournirai du gibier pour remplacer vos poules et lapins que l’aigle vous a voles. Le lendemain, Maurin epiait l’aigle qui planait au-dessus de la ferme; il s’etait mis en embuscade sous le hangar ou Mise Secourgeon sournoisement lui rendait visite a l’abri des balles de foin, a seule fin de voir s’il tuerait le grand oiseau. Et le jaloux Secourgeon, pendant ce temps, injuriait son cheval. Les deux amants entendaient sa voix rassurante, son discours sans fin. –Alors! et ce journal? tu n’as pas fini de le lire? tu le lis jusqu’aux affiches, donc? Marcheras-tu ou non?.

.

. Il est bati, je vous dis! ca n’est pas un cheval! c’est une eglise, un clocher!. . .

Pas si vite, malandrin! oh! oh! je vous dis que ca n’est pas un cheval, c’est une aigle, pour la chose de voler au lieu de courir! Et l’aigle, elle, volait toujours.

Et plusieurs jours se passerent. Et Maurin ne tuait pas l’aigle. Dame, il n’etait a l’affut de l’aigle qu’a de certaines heures. Il partait pour la chasse avant l’aube, revenait a midi avec du gibier, en fournissait bien la cuisine; l’aigle, mefiante, ne derobait plus rien, mais rodait toujours par la. Bientot l’oiseau de proie changea l’heure de ses visites.

Il vint le matin. Alors Maurin n’alla plus a la chasse que dans l’apres-midi. Et de temps en temps, Mise Secourgeon partait pour La Molle et les Campaux, afin d’y vendre le gibier que leur offrait Maurin en echange de leur bonne hospitalite. Malheureux Secourgeon! il avait pris confiance comme on prend mal.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *