A vrai dire, elle avait pleinement le droit de ne pas s’en douter, car, malgre ses

On se souvient que la Faenza avait un fils de son mariage.

Cet enfant fut eleve par une vieille tante. Sa mere le vit une seule fois a l’age de huit ans, puis elle ne s’occupa de lui que pour envoyer quelque argent et des lettres pleines de cette fausse sentimentalite commune aux filles.

La vieille tante, voulant cacher au fils la conduite de sa mere, l’avait fait engager dans un regiment d’Afrique, ou il etait a dix-neuf ans sous-officier.

S’etant distingue lors de la derniere insurrection, il obtint la medaille militaire, mais par malheur ses blessures l’obligerent de quitter l’armee.

A cette nouvelle, la Faenza se sentit prise d’une subite et incommensurable tendresse maternelle, et elle resolut de renoncer aux douceurs de l’amour salarie pour consacrer le reste de son existence au bonheur de cet enfant abandonne. Apres avoir vendu son hotel, ses bijoux et drive master ses attelages, elle se retira, en Touraine, dans une propriete offerte jadis par un depute de la droite. Voila comment la belle Faenza redevint Madame Verdal, veuve d’un honnete avoue, mere de famille exemplaire, dame pieuse et charitable.

II Philippe etait un beau jeune homme de dix-neuf a vingt ans, a la moustache fine, avec une taille de demoiselle, et des yeux de colombe. Ne se doutant guere du passe de sa mere, qui inventa mille ingenieux mensonges pour lui expliquer leur trop longue separation, il se mit a l’adorer avec toute l’ardeur d’un coeur reste ferme jusque-la aux expansions familiales.

La Faenza, de son cote, etait litteralement folle de son fils, de son beau Philippe. La propriete ou l’ancienne courtisane resolut d’expier ses peches mignons etait une charmante villa aux contrevents verts autour desquels couraient comme des reptiles les volubilis et les capucines au calice sanglant. Un petit bois croissant a l’aventure l’enveloppait du mystere exquis de ses ombres fuyantes. Dans le recoin le plus obscur, sous le parasol d’un grand polonia, les gazouillis des piverts se melaient au tintement de l’eau que l’urne d’une nymphe versait dans le petit bassin de marbre ronge de mousse et de jaunes lichens. La mere et le fils menaient la depuis plusieurs mois une vie douce et paisible.

Ils avaient l’un pour l’autre des petits soins frisant parfois le ridicule, des tendresses excessives entrecoupees de feintises de bouderie.

La Faenza avait completement oublie son existence d’autrefois: les tribunes des courses et les baignoires des petits theatres, les cavalcades dans les Pyrenees et les parties de yacht a Trouville, les grands diners dans son splendide hotel du parc Monceau, et les petits soupers au cabaret, ou les carafes de champagne et les chartreuses de toutes couleurs rendaient les inenarrables boudines plus betes que nature. Elle avait meme fini par se figurer tres sincerement avoir ete toute sa vie une sainte femme. Cependant, malgre toute leur tendresse mutuelle, l’intimite, cette intimite franche et pleine d’abandon, entre la mere qui a fesse son enfant et l’enfant grandi sous les jupes de sa mere, ne venait pas.

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