A travers la fenetre de la salle d’en bas, ou elle etait avec son pere, elle

Mon pere peut nous voir causant ensemble.

Songe qu’il me tuerait s’il pouvait deviner! Si tu ne me rencontres plus, c’est que je tiens parole.

Quand tu m’auras promis fidelite d’abord et ensuite mariage, alors, de nouveau, je serai tienne. Je ne suis pas une de tes filles perdues. Va-t’en. Tout en parlant, elle l’eloignait de la maison, pour le mettre hors de la vue de son pere. Il l’ecoutait, le coeur navre a la fois et content. –Tonia, dit-il, tu es mechante pour moi. Tu m’as bien voulu un jour.

Pourquoi maintenant dire non? Toutes les paroles du monde ne peuvent rien changer a ce qui a ete. –J’ai reflechi, et cela change beaucoup.

Si tu me veux encore, gagne-moi, merite-moi! La maniere, tu la connais. Pense que si, la fois premiere, j’ai bien voulu, c’est que je t’aime. Mais que je t’aime, est-ce une raison pour que je veuille etre meprisee de toi? –Moi, mepriser une fille, s’ecria-t-il, parce qu’elle est amoureuse? Oh! dit Maurin, je mepriserais la nature, alors.

Ou si c’etait parce qu’elle est amoureuse de moi; c’est moi, alors, que je mepriserais! –Ce que tu veux dire par ce mot de « mepriser » je ne le sais pas, dit-elle. Mais je sais bien qu’un homme comme toi, lorsqu’il peut retrouver une fille aussi souvent qu’il le veut, fait d’elle ensuite comme d’une orange pressee qu’on jette quand on en a bu le meilleur. N’appelle pas ca mepris. C’est, pas moins, l’abandon. Adieu. Tu sais mon dernier mot et que je suis Corsoise. Apporte-moi deux paroles quand tu reviendras, a moins que tu ne preferes me les dire tout de suite: fidelite et mariage. –Embrasse-moi, dit Maurin. Il la saisit a pleins bras, par la taille. Elle lui donna de son solide petit poing sur le visage et, comme il la pressait davantage, elle l’egratigna et le mordit, et, souple, elle lui echappa. –Ecureuil, dit-il, je t’aurai! –Si tu y mets le prix, dit-elle en s’enfuyant. De mauvaise humeur, il gagna, sur un plateau des collines voisines, certaine cachette ou l’attendait Pastoure. Dans tout le massif des Maures, ils avaient plusieurs cabanes.

Lorsqu’ils trouvaient un _cazaou_, vieille batisse en ruines au toit creve, cabanon ou etable a chevres, voir la page ils se faisaient, dans l’angle le plus abrite de la masure, un gite a leur usage. Une toiture de bruyere sur des madriers croises. Quelquefois la cachette etait faite seulement de branchages. Celle ou il arriva, vers midi, etait un ancien poste de chasse, en assez bon etat, ayant une cheminee et une mechante porte, qu’on pouvait cependant fermer a clef. La clef, on la cachait sous une grosse pierre, cachee elle-meme sous des broussailles.

Ils avaient la-dedans un vieux fusil a piston, toujours charge, enfoui sous des fagots de bruyere: on ne sait pas ce qui peut arriver. Une arme de plus, meme en mediocre etat, peut etre utile. Il y avait la aussi un peu de vaisselle: deux verres et deux assiettes felees. A de certains jours, un peu de luxe fait plaisir. Maurin trouva Pastoure en train de faire rotir un lapin sauvage, de quoi fort bien dejeuner.

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