A saint-raphael, pons l’aine, tireur emerite, citait maurin comme un maitre respectable

Rien de singulier comme l’elegance native de ce Maurin, de ce braconnier illettre, qui, l’epee en main, eut fait l’admiration de plus d’un gentilhomme friand de la lame. Cette superiorite de tireur l’anoblissait a ses propres yeux, car il se sentait capable de se mesurer, sur le terrain des terrains, avec n’importe qui. Maurin soutenait, du produit de sa chasse, sa mere devenue vieille. S’etant apercu qu’avec des prodiges de celerite, d’attention, d’observation, d’adresse, de ruse et de force, il parvenait a « tirer la vie » du prix de son gibier, il avait peu a peu renonce a son double metier de bouchonnier et de paysan. A dix-huit, a vingt ans, puis a vingt-cinq, certes, il plaisait aux filles, mais moins qu’aujourd’hui, par exemple! Car aujourd’hui, il n’etait pas seulement un bel homme dans tout le developpement de sa force bien visible, il etait aussi Maurin, le roi des chasseurs, le celebre, _le flambeau_ comme on disait; bref, il etait Maurin des Maures. Quand il _se_ parlait de Maurin, Pastoure repetait: –D’hommes comme ca, on n’en fait plus. Le moule est casse. C’est encore ici un peu un homme de l’ancien temps, du temps ou les bastidanes achetaient leurs jupes chez le drapier de leur endroit,–au lieu de les faire venir de Paris pour imiter les grosses madames. CHAPITRE IX On ne peut pas a la fois casser des cailloux sur la route et bien garder sa fille. Et voici l’histoire de la naissance du petit Bernard. Il y avait, non loin du bord de la route, entre Hyeres et La Molle, un cabanon ou vivait avec sa fille un vieux cantonnier. A force de frapper des pierres etincelantes au soleil, le vieux etait presque aveugle, sous ses grosses lunettes rondes grillagees. Et il « ne s’apercut jamais de rien, » ce qui fut un grand bonheur pour lui, car le vieux avait des idees, des idees du temps d’Herode. Ancien soldat, severe sur « l’article », c’est-a-dire sur la question de l’honneur des femmes, il aurait tue sa fille s’il avait connu la faute et il en serait mort lui-meme. Tous les deux ou trois jours, sa fille, Clairette, sortait du cabanon pour aller sur la route attendre la diligence. Le voiturin arretait sa voiture, remettait a Clairette quelques provisions, du pain pour plusieurs jours, un fromage sec, des oeufs et, clic, clac! repartait au grand trot de ses betes. Quand la fille ne paraissait pas, il deposait le panier ou le paquet sous une touffe de nasque, derriere la borne kilometrique la plus voisine. Et tout cela rendit facile a Claire de cacher son « malheur » quand le moment approcha ou elle allait etre mere.

Elle ne songea pas plus a epouser Maurin que Maurin ne songea a l’epouser. Elle le connaissait a peine.

Il lui faisait l’effet d’un personnage puissant, trop haut place pour elle. C’etait une fille bien batie, tres souple, sans aucun eveil d’esprit.

Maurin l’avait poussee du coude, en clignant de l’oeil, un jour, dans les bois ou elle ramassait des pignets, des champignons de pin.

Elle avait compris et elle avait ri. Cette declaration d’amour ne lui avait cause aucune surprise.

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