A peine belle-rose eut-il ete reintegre dans sa prison, qu’il courut vers la fenetre

Au loin, dans les tenebres de la nuit, les trois etoiles rayonnaient toujours d’un pur et doux eclat. Belle-Rose s’endormit calme et souriant; une mysterieuse esperance etait dans son coeur. La journee du lendemain se passa sans qu’un nouvel incident vint deranger le prisonnier de ses meditations. Vers le soir, a l’heure du diner, un guichetier glissa dans sa main un bout de papier et s’eloigna, le doigt sur la bouche.

Belle-Rose ouvrit le papier et n’y trouva que ces mots: _Une amie veille sur vous_. Au premier coup d’oeil il reconnut l’ecriture de Genevieve. –Pauvre femme! dit-il entre deux soupirs, elle se souvient, et c’est a Suzanne que je pense! Quand la nuit fut tout a fait venue, Belle-Rose s’approcha de la fenetre, et comme la veille il se prit a compter les tremblantes clartes qui s’allumaient dans l’ombre. Il y avait une heure ou deux qu’il etait absorbe dans cette muette contemplation, lorsqu’il entendit marcher dans le corridor qui aboutissait a sa prison. Le meme officier qui etait venu la veille s’avanca vers lui, et d’une voix grave lui demanda s’il etait dispose a le suivre. Belle-Rose, pour toute reponse, se dirigea vers la porte. L’escorte prit ce soir-la un chemin different de celui qu’elle avait suivi une premiere fois.

Apres avoir longe plusieurs sombres corridors, traverse des voutes noires ou les pas des soldats repercutes par l’echo sonnaient en cadence, monte et descendu divers escaliers etroits et funebres, elle entra dans une salle oblongue qui etait eclairee par quatre flambeaux attaches aux murs. Une sorte de greffier etait assis devant une petite table ou l’on voyait tout ce qu’il faut pour ecrire. Le long des parois brillaient aux clartes rougeatres des flambeaux des instruments sinistres de forme etrange. Il y avait au pied du mur des chevalets, des chaines et des pinces; un rechaud brulait dans un enfoncement obscur, des planches de chenes et des maillets tachetes de sang etaient dans un angle pele-mele avec des cordes et des coins. Pres du greffier se tenait un homme habille de noir que Belle-Rose pensa devoir etre un medecin. Le gouverneur de la Bastille, triste et grave, achevait de lire une lettre a deux pas de la table. A l’arrivee de Belle-Rose, le gouverneur serra la lettre, avanca une chaise pres de la table du greffier et s’assit apres avoir salue le prisonnier. Aux apprets le site qu’il voyait, Belle-Rose comprit que l’heure etait venue; il recommanda son ame a Dieu, murmura le nom de Suzanne comme une priere, et attendit. –Vous avez entendu hier ce que M. de Louvois vous a dit, monsieur, lui dit le gouverneur; persistez-vous toujours dans votre refus de faire connaitre la personne qui vous a charge d’enlever les papiers de M. Bergame? –Toujours. –Je dois vous prevenir que j’ai recu l’ordre d’employer contre vous des moyens dont la loi autorise l’usage si vous continuez a vous taire. –Vous ferez votre devoir, monsieur; je tacherai de faire le mien. –Vous etes bien jeune; vous avez peut-etre une mere, une femme, une soeur; un mot vous rendrait a la liberte! –J’acheterais cette liberte au prix de mon honneur.

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