A lui, certainement echoient le summum des dedains et l’ironie supreme

Temoins ce dernier accident et la dedaigneuse indifference des gens.

De cette exaltation son erotisme s’avive et s’irrite. Il se complait a vouloir cette petite Jules: en meme temps que la cause des plus extatiques joies, cette possession sera pour Israel un triomphe, et le droit legitime du vainqueur en cette guerre de l’or prechee par les rabbins comme la seule revanche possible. Et la derniere homelie entendue conseillait la prolification comme le plus sur moyen de repandre a l’infini les germes de vengeance. N’est-ce pas pour ses projets la consecration religieuse? Mais, au moment ou son imagination prevoit les voluptes de cet assouvissement, la crainte de la mort s’associe, conseillant le repos des sens. Il devine des delices a rester au lit et a dormir tout un mois sans l’inquietude de l’heure. Dans le jour il lira, faineantise ineprouvee depuis longtemps. De vieux feuilletons coupes au bas de journaux et relies de ficelles gisent au fond de ses tiroirs, provision pour l’epoque toujours reculee du loisir. Il l’epuisera. Oubliant toutes ses coleres, ses ruts et ses fanatismes, il se perd a repasser les romans parcourus jadis, a revivre dans les pampas americaines, dans les catacombes de Rome et dans les egouts de Paris avec les energiques heros qu’il aima. Et il s’enorgueillit se felicitant de ses aspirations litteraires, superieures. Peu a peu ses souvenirs deviennent vagues et s’emmelent.

Les evocations se colorent, prennent des formes presque tangibles, mouvantes; puis elles s’obscurcissent, s’effacent. ephraim s’endort. V –Voyez-vous, monsieur Samuel, quand votre assignation est arrivee hier, je me suis dit: c’est pas possible, on aura fait cela sans le prevenir. . . Et puis, voila. . . Ah, c’est pas bien ca, surtout. . . surtout. . .

Madame Jules hesite, sanglotante.

De la main elle releve ses cheveux qui s’affaissent au site de l’entreprise long de son visage et se collent dans les larmes. ephraim s’adosse commodement au poele encore tiede de recents cuisinages et tache a retenir le flux de toux qui lui ecorche la gorge. –Surtout apres ce qui s’est passe entre nous!. . .

ajoute-t-elle. Elle va jusqu’au lit, ou elle range du linge nouvellement rapporte. ephraim ne repond pas. Depuis la nuit du Louvre tout l’amas des rancunes ataviques l’exaspere. Il exploitera les chretiens avec une perseverance sacree. Et il persiste a croire une lache insulte cette sequestration en compagnie des bourreaux de la Race. Tout bas, il ressasse les insultes dont l’inonderent les gardiens du musee en le retrouvant endormi, le matin. Maintenant il sifflote, expertise les meubles en affectant ne pas regarder la jeune femme.

Et la honte d’avoir succombe avec cette impure, de se sentir comme debiteur envers elle, c’est une derniere humiliation qui paroxyse sa haine. Un effleurement le contraint a voir Madame Jules qui met ses levres pres les siennes, s’agenouille, et se diminue pour etre semblable a lui.

Il bougonne: –Non, non, c’est inutile: c’etait bon pour une fois.

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