_il faut vous dire qu’il ne m’avait pas vu_; il m’avait entendu seulement

. . Voyez-vous, en faisant le merle, on attire toutes les betes a son entour! Et il regardait les tetes qui l’entouraient.

Cette derniere histoire etait authentique, mais Maurin sentait ce qu’on se donnait de ridicule quand on la croyait veritable, parce qu’il comprenait ce qu’elle avait d’invraisemblable. Alors il la racontait de facon a justifier tous les doutes qu’il trouvait naturels, et dont il se moquait pourtant a part lui.

–Ont-ils de l’esprit, ces Provencaux! dit le prefet qui penetrait tout cela et qui riait comme un fou, en bon Parisien. Pendant ce temps, les levres muettes de Pastoure remuaient imperceptiblement–tres vite, mais ce qu’il se disait, nous ne le saurons jamais. CHAPITRE XVIII Le purgatoire de frere Pancrace. –Allons, monsieur Cabissol, cria Maurin, vous qui en connaissez de si bonnes, vous n’en direz pas une, de vos histoires? –J’en sais plus d’une! dit M. Cabissol, mais je ne les conte pas aussi bien que vous! –Nous allons bien voir, dit le prefet. Sans se faire prier davantage, M. Cabissol commenca: –C’est une histoire qui drive master est arrivee il y a plus de cent ans, a en croire du moins mon grand-pere qui me la repetait souvent lorsque j’etais tout petit: =LE PURGATOIRE DE FRERE PANCRACE= « Deux bons moines queteurs, charges comme des anes, cheminaient peniblement dans les sentiers montants et rocailleux. Ils avaient hate d’arriver a leur couvent perche sur le plateau, dans les pinedes, au sommet de la colline. « Ils marchaient, l’echine courbee, chacun portant un gros sac empli de legumes, de fruits et de pain frais. Le soleil piquait sur leur face rougeaude ou coulait la sueur, en grosses perles luisantes.

Panuce marchait devant, ce qui veut dire que Pancrace suivait Panuce. –Il fait chaud, frere Pancrace, il fait bien chaud aujourd’hui!.

. . –Il fait meme trop chaud, frere Panuce! –De sur qu’il fait trop chaud, frere Pancrace, trop chaud, vous l’avez dit! –L’homme, frere Panuce, doit gagner son pain a la sueur de son front.

. .  » « Les deux bons moines devisaient ainsi en soupirant et, sous la semelle de leurs sandales, roulaient, dans le sentier creux et sonore, les cailloux ardents comme braise. « Tout a coup, frere Panuce s’arreta et, d’une voix fremissante de joie: –Dieu nous a entendus, frere Pancrace, et, si j’en crois mes yeux, il nous envoie du secours! –Vous moquez-vous de moi, Panuce? Quel secours pourrait nous envoyer la Providence, sinon un bel et bon ane avec ses « ensari »?.

. . Or, en verite, il n’y a pas ici d’autre ane que vous, si ce n’est moi. Et ce serait peche veritablement que me donner faussement l’esperance d’etre soulage de mon lourd fardeau; il n’en deviendrait que plus lourd! Pour l’amour de Dieu, Panuce, marchez encore un peu, afin que nous arrivions au gite. Ne vous arretez pas ainsi, ou je vais jeter la mon sac, qui est plein a crever comme un ventre de chantre. .

. Et si une fois je le pose, peut-etre bien, frere Panuce, n’aurai-je plus jamais la force de le soulever. « Et, ce disant, Pancrace, avec un ouf! de soulagement, posa son sac au beau mitan du chemin.

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