_ _la-bas, dans l’obscurite humide de l’allee, on entend le gave qui saute le barrage

. . _ _Parmi les hauts tulipiers aux branches se bifurquant, la blanche et enguirlandee villa. _ _L’air torride embaume la seve de la foret, l’arome des rhododendrons, la saveur des mures. _ _Des fouets qui claquent. _ _Des sonnailles qui tintinnabulent. _ _Des roues qui roulent. _ _Des cuivres qui clangorent. _ _De l’eau qui bruit. _ _La nuit est pale sur la villa aux guirlandes. . .

_ _En robe claire a pois, Miranda se renverse, le cou nu et des rubacelles aux oreilles. _ LE CUL-DE-JATTE I Une grosse pluie d’orage s’epanche dans la cour du Louvre, souleve des stalagmites liquides et polit l’asphalte. A sentir cette fluide tiedeur impregner le col de sa chemise, ephraim Samuel s’irrite: « Sacree infirmite! Pas meme pouvoir se servir d’un pepin! » Et, violemment, le cul-de-jatte balance son torse, le site le projette, les yeux clignes sous la gifle de l’eau. Il s’arc-boute des mains pour faire courir ses fesses redondantes, ligotees dans un siege a roulettes. Et sa demi-personne s’ejouit quand, par une grande vitesse acquise, elle fend l’air avec un bruit ronronnant d’express. Mais son tape-cul, tout neuf etrenne ce jour-la meme, a l’occasion d’un mariage, lui vaut une obsedante inquietude. Deja, le matin, a la synagogue, au moment ou le verre symbolique lance par-dessus le couple nuptial vint se rompre contre les dalles, un craquement a gemi sous les reins tendus d’ephraim qui se haussait pour voir. Apres la ceremonie, au zinc de la rue d’Aboukir, comme il levait haut le coude, pour boire du bitter, le vehicule vagit.

Et, au debut du dejeuner, un dechirement se lamenta pendant qu’on hissait l’infirme sur une chaise.

La mere Salomon, sa voisine de droite, etait un peu sourde, et sa voisine de gauche, la gantiere Rachel, flirta avec Bernheim, le marchand de lorgnettes, jusqu’apres le dessert; lui, forcement se tut. D’exquises boissons et d’exquises mangeailles le consolerent abondamment. Puis, tres aise, il s’en etait revenu le long du boulevard Sebastopol, le long de la rue Rivoli, tantot filant vite pour contraindre a se garer precipitamment les lourds promeneurs du dimanche, tantot stationnant au plus compact de la foule pour empecher de leurs courses les poursuivants d’omnibus. Malices impunies, tout le monde manifestant une deference pour sa difformite.

Maintenant l’orage se deverse dru: ephraim s’empresse; mais un nouveau craquement lui suggere: « Ce ne serait pas drole de rester la, en plan, le derriere dans l’eau.  » Et il s’efforce vers une arcade ou s’engouffre un public humide et morose.

Dessous, bee une porte olivatre, que couronne l’indication: Musee egyptien. ephraim la franchit. II Il se bouscule dans la salle une grouillante cohue. Le nez du juif s’enfouit dans les basques des jaquettes ou se froisse au rude contact des fausses tournures.

Un empuantement de malsains parfums s’affadit. Les coudes font choir sa casquette.

Virer, partir; nul moyen: il est pris comme dans une vivante cage. A chaque heurt de pieds inattentifs, il percoit son siege s’affaisser.

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