_ _c’est l’hiemale nuit et ses buees et leurs doux comas

_ _Dehors, la blancheur pacifiante des neiges. _ _Au foyer, la flamme s’allonge, s’allonge et se recroqueville, s’aplatit et se renfle,–facetieuse. _ _. . . Miranda, toute droite, a l’aise en une sorte de canezou d’escot aux passements de jais et de soie ecarlate, verse du the de ses mains bien fardees. _ AMOURETTE I Aux Tuileries, contre la terrasse qui longe la Seine, elle se tient assise, en brodant. Et se detache a peine sa toilette sobre sur le vert noir du lierre. Paul Doriaste est revenu la pour lui decouvrir les imperfections peu visibles, mais decevantes, qu’elle doit avoir. Ainsi espere-t-il esquiver la hantise d’elle. Chose bete: il a soumis plusieurs jours son tympan aux cacophonies des musiques militaires afin de la voir. Cette elegance de dame a mediocres revenus, la plus discrete et delicate des elegances, le charme. En paysanne, en grande mondaine, en mysterieuse courtisane, en bourgeoise lettree, il l’a decrite deja, au cours de plusieurs nouvelles qu’il fit pour son journal, _le Sphinx_. Elle accapare son esprit; il la desire, et il ne l’aura point. Cela se devine tout de suite qu’il ne l’aura point.

Elle est honnete fatalement par sa blondeur tendre d’anemique, la matite du teint pur, la tendance a rester clapie tres longtemps dans la meme attitude. Elle le regarde venir. Sur l’orbe de son oeil leve une nacrure luit, humide, puis se voile des cils baisses vite.

Et cette luisance le site le penetre, se darde par ses entrailles qui fremissent. Il la veut. Sans doute elle n’osera se livrer; mais ce geste du regard est certainement un aveu d’amour. Ou non, peut-etre. Aux sourires des gens semblent bizarres son costume de sportsman, ses bottines pointues et ses culottes collantes; a elle aussi pourquoi ne paraitrait-il point ridicule.

Une simple curiosite peut-etre incita la moqueuse a l’examiner. Et tout desir se dissipe en lui. Il se resout a rentrer. Intimement un spleen l’abat.

Le possede depuis quelque temps un besoin de femme, pas un besoin charnel, mais une envie de froler des jupes, de laisser, en une infiniment douce caresse, ses levres effleurer l’odorant duveteux d’un epiderme de blonde, de sentir sous ses doigts l’incurve et plastique roideur du corset, a travers la soie. Le manque de cette satisfaction le rend veule, presque malade. Davantage l’obsede son scepticisme.

Il s’echafaude en la cervelle des plaidoiries egalement probantes pour des principes contradictoires.

Des degouts lui affluent.

Il prevoit tout a l’heure, chez Sylvain, devant l’absinthe, ses camarades nantis de raisonnements pareils.

On deversera sans treve de pessimistes radotages. Et puis il regagnera son logis en discutant le suicide; ou bien, dans quelque boudoir public, il ira s’anuiter et accroitre, par le contact de chairs urbaines, la regrettance du reve feminin qu’il veut oublier. Rien autre en but. Lassitude d’etre. Au reste, pourquoi ne point tenter cette aventure,–distrayante, qui sait? S’arreterait-il a la crainte d’echouer? Non. L’insucces dans ce genre de tentative indique seulement une erreur sur la minute propice, une inaptitude a graduer ses paroles selon l’inintelligence de la femme.

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